LES NOUVEAUX IMPÔTS
J’ai reçu mon bordereau d’impôts. En même temps que la note de mon psy. Moi là, je ne paie pas encore beaucoup… je veux dire mon psy… mais vous inquiétez pas, un jour aussi je paierai comme vous… le psy ET les impôts.
Des impôts, il en faut, non ? pour entretenir les routes, par exemple, qu’on puisse aller vite, très vite, avec nos belles bagnoles qu’on entend même pas qu’elle vont vite : eh ! si on n’entretient pas les routes pour rouler à fond, là où on peut perdre la maîtrise et se tuer grave, comment on leur prendra des bouts, aux donneurs d’organes ? faut y penser à ça.
Parce que comment ils feraient pour survivre sans les donneurs, tous ceux qui seraient de toutes façons morts d’autre chose, hein, comment ? Et, sans impôts, comment on les paierait, les ambulances, les hélicos, tous ces engins ultra modernes qui de toutes façons ne sont pas assez performants puisque on finit toujours par mourir pendant le transport à l’hôpital…
Et puis c’est beau cette solidarité sociale qui nous permet, avec nos impôts, de faire vivre la police, les fonctionnaires, les instituteurs, les contractuels, les politiques ! On se saigne dans l’utile, dans le chrétien… moi ça me branche ! ça me plaît même tellement que je me suis mis à imaginer quel genre d’impôt nouveau on pourrait inventer pour venir en aide à tous ces édiles qui nous mettent eux-mêmes dans la zouille en arrivant à nous convaincre que c’est de notre faute…
Vous voyez, bande de contribuables, il y a un certain nombre de choses dont on prétend qu’elles sont gratuites : l’air, la vue, l’ouïe. Ce qu’on résume par la phrase, j’ai entendu qu’on respire à l’œil.
Bon ! tu prends un mec normal, fumeur cancéreux mais qui ne le sait pas encore, tousseur mais pas tubar, des poumons photographiables sans surprime, tu vois. En couleur pas qu’en noir et blanc. Un peu de goudron mais pas assez pour y peindre les lignes blanches ! Qu’est-ce qu’il a comme capacité respiratoire en moyenne, le quidam : 5 litres d’air, 2 litres de CO, 3 décis de goudrons et il en rejette autant. Tu me suis ? il respire à quel rythme, le gazier ? 10 fois par minute soit 600 fois par heure, ce qui représente 5'256'000 respirations par année, à savoir, pour une durée de vie moyenne de 80 ans - les deux sexes confondus - , 420'480'000 respirations et expirations d’air domestique ( c’est l’appellation fiscale ).
Ça en fait des soulèvements costaux. Et là t’inclus pas les séances de reproduction où t’es en surconsommation, voire même en dette d’oxygène ( la notion de dette liée aux impôts me plaît bien ) ni que ton partenaire te pompe l’air ( pour ça, on a prévu un forfait ! ).
Tout le monde suit ? on revient à la volumétrie pulmonaire du contribuable moyen : le législateur l’aurait fixée à 5 litres! Là, deux choix possibles, le prix au litre ou au plein ? on dirait que l’assemblée, qu’on a élue et que le nouvel impôt permettrait de payer - argent qui lui donnerait ensuite les moyens de mener campagne pour être réélue - aurait fixé le prix au plein avec un taux de variation annuel de 0,05% pour tenir compte de l’indice d’augmentation de la pollution, taux défini chaque semestre par une sous-commission à la consommation atmosphérique, qu’on paierait aussi ( dès qu’on a un peu de moyens, on nomme des commissions pour décider comment on va les fusiller - les moyens pas les commissions -).
Le plein, on dit qu’il coûte, soyons raisonnable, 0,00001 franc, soit 1/100000ème de franc( pour l’Euro c’est fois 1 et demi ).
Le calcul donne donc, inspiration et expiration ne comptant que pour un seul mouvement respiratoire : 210'240'000 x 0,00001 franc, 2'102.40 francs d’impôt supplémentaire. Bingo ! Alors, avec tout ça, légère augmentation pour les ténors et les sopranos et, bien sûr, rabais significatif pour les asthmatiques et les vieux qui respirent moins souvent mais plus profond…
Chez nous, vous comptez 6'000'000 de citoyens à 2’102,40 francs par tête : bénéfice net : 12’614’400’000.-. ça devrait permettre de réduire de quelques % l’assurance maladie et le loyer des vieux. De même, on interdirait les vacances : changer d’air, ce serait de l’évasion fiscale.
Remarquez, c’est pas sûr que ça suffise. Pour nos élus, on dirait que les sous, c’est des pelles : plus on leur en donne, plus ils creusent le déficit. A croire qu’il y a quelque chose à y trouver. Remarquez, depuis le temps qu’ils creusent, ça se saurait…
Bon, il reste l’impôt sur la vue : on pourrait vendre, à la naissance, un droit de regarder le monde, une espèce de place permanente au cinéma de la vie. Le prix serait plus modéré. Quoique... tout ce qui est l'oeil est hors de prix.
Bertrand Jayet
( extrait de Memsissakoutssa - tous droits réservés )
|